NRL AI - Laboratoire national de référence d’influenza aviaire pour la Belgique et le Grand-duché de Luxembourg

Last updated on 16-9-2022 by Wesley Van Dessel

En bref

La grippe aviaire (également connue sous les noms de peste aviaire ou d’influenza aviaire) est une maladie virale de la volaille. La forme grave (hautement pathogène) est extrêmement contagieuse et peut avoir d’importantes conséquences pour l’industrie de la volaille. Un diagnostic rapide de cette maladie est donc très important. Le laboratoire national de référence d’influenza aviaire effectue donc un dépistage permanent de la population aviaire dans notre pays par l’entremise d’un certain nombre de programmes de surveillance. 

Résumé du projet

L’influenza aviaire se manifeste sous deux formes chez la volaille : une forme légère (faiblement pathogène) ou grave (hautement pathogène), ce qui renvoie à la gravité des symptômes cliniques. La variante légère donne des symptômes légers tels que des problèmes respiratoires, une diminution de la ponte et une mortalité limitée. En cas de variante hautement pathogène, la mortalité (subite) peut atteindre les 100 %. Les symptômes les plus notables sont les taches bleues sur la crête/les fanons et des symptômes neurologiques tels que des tremblements, un tournoiement ou une perte d’équilibre.

La forme hautement pathogène, du sous-type H5 ou H7, est extrêmement contagieuse et peut avoir d’importantes conséquences économiques et sociales. Les foyers de grippe aviaire hautement pathogène doivent obligatoirement être signalés à l’UE et l’abattage des animaux des exploitations touchées est obligatoire.

Le laboratoire national de référence d’influenza aviaire mène des programmes de surveillance obligatoires dans l’industrie avicole, auprès des oiseaux vivant en captivité et des oiseaux sauvages. Dans l’industrie avicole, nous effectuons pour ce faire des tests sérologiques de routine et une surveillance clinique est également menée en vue de détecter à temps la présence du virus. Dans le cadre de la surveillance clinique, des échantillons sont prélevés lorsque certains critères (Numac 2008024199) sont remplis sur l’exploitation, ce afin de pouvoir exclure la présence d’influenza aviaire. En cas de suspicion aiguë de grippe aviaire, l’entreprise contacte la cellule de crise de l’Agence alimentaire (AFSCA), après quoi le laboratoire national de référence effectue un test d’urgence afin de poser le diagnostic. Les diagnostics d’exclusion et d’urgence sont deux analyses légalement obligatoires qui sont gratuites pour l’éleveur de volailles.

Dans le cas des oiseaux sauvages et de certains mammifères, nous menons une surveillance continue de la présence de l’influenza aviaire dans la nature en collaboration avec les régions (Agentschap Natuur en Bos, Environnement.brussels et le Département nature et forêt).

Résultats

Foyers de grippe aviaire en Europe

Depuis 2014, la forme hautement pathogène du virus de l’influenza aviaire (souches hautement pathogènes d’influenza H5Nx) réapparaît régulièrement en Europe. Depuis 2016, il s’agit de la souche « clade 2.3.4.4b H5 ».

Saison

Nombres de foyers en Europe

2016-2017

2 781

2017-2018

166

2018-2019

21

2019-2020

334

2020-2021

3 559

 

2016-2017 2017-2018
2018-2019 2019-2020
2020-2021  
 

Figure 1 : représentation des foyers dans les différentes saisons, clade 2.3.4.4b HPAI-H5 depuis 2016 (source : EFSA). Cercle = foyer concernant de la volaille, étoile = foyer concernant des oiseaux sauvages, triangle = foyer concernant des oiseaux vivant en captivité.

Le type de virus actuellement en circulation est exceptionnellement virulent tant pour la volaille que pour les oiseaux sauvages. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a déclaré que l’épidémie de grippe aviaire de l’hiver 2020-2021 était l’épidémie la plus dévastatrice et la plus durable d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP) jamais survenue en Europe.

Grippe aviaire en Belgique

Alors que seulement deux foyers de HPH5Nx avaient été observés en 2020, le LNR belge influenza aviaire a observé en 2021 11 foyers dans des exploitations (6) et chez des animaux vivants en captivité, et cela sans véritable interruption pendant la période estivale. Une évolution remarquable car, jusqu’alors, les épidémies de virus influenza s’étaient principalement produites pendant la période hivernale et on assistait à une « pause estivale » typique. La perte de la saisonnalité pourrait indiquer une circulation persistante du virus chez les animaux sauvages .

La migration d’automne des oiseaux sauvages en 2021 a ravivé l’épidémie en apportant un flux de nouveaux virus H5Nx hautement pathogènes. Le premier oiseau sauvage positif de la nouvelle vague en Belgique a été confirmé le 12 novembre 2021, suivi de la première exploitation avicole positive le 8 décembre 2021. La saison 2021-2022 de la grippe aviaire a démontré l’utilité de la surveillance des oiseaux sauvages comme système d’alerte.

En 2021 , 30 oiseaux sauvages, comme des oies, des canards, des oiseaux de proie et des oiseaux littoraux, ont été testés positifs pour la souche H5Nx hautement pathogène du virus. En un mois (janvier 2022), une trentaine de nouvelles détections chez des oiseaux sauvages sont venues s’ajouter, ce qui signifie qu’à ce moment une grande quantité de virus de la grippe aviaire (H5 hautement pathogène) circulait parmi ces animaux (pression infectieuse élevée). Ces cas concernant des oiseaux sauvages ont surtout été détectés dans le nord de notre pays, lequel est particulièrement densément peuplé en oiseaux aquatiques, mais où se trouvent également la grande majorité de nos fermes avicoles. Le premier oiseau sauvage dont le test s’est révélé positif en Wallonie a été signalé dans la province de Liège le 9 février 2021.

La circulation du virus chez les oiseaux sauvages se poursuit en grand nombre au printemps et en été. Au cours de l’été, un grand nombre d’oiseaux de mer (famille ‹Laridae›) ont été trouvé infectés. Une sélection d’oiseaux morts ou malades sont envoyées à Sciensano pour des tests diagnostic. De janvier au fin juillet, 74 oiseaux sauvages ont été confirmés infectés, alors que 0 cas a été confirmé en mai, 33 d’entre eux ont été diagnostiqués en juin et juillet.

Figure 2 : Aperçu des détections H5N1 hautement pathogènes en Belgique chez les oiseaux sauvages (orange-bleu clair), le secteur avicole (jaune-rose) et les renards (bleu), combiné avec la densité avicole dans les différentes communes. Les vagues automne-hiver et printemps-été sont indiquées dans des couleurs distinctes.

Malgré le grand nombre d’oiseaux sauvages dont le test s’est avéré positif à la grippe aviaire hautement pathogène et la pression infectieuse élevée dans la nature, le nombre d’infections dans le secteur de la volaille reste limité (7 au total pour la saison 2021-2022, dont 4 en 2022) et aucune infection secondaire n’a été observée dans les zones où l’on retrouve de nombreuses exploitations avicoles (situation début février 2022). Cela souligne le haut niveau de vigilance dont témoigne ce secteur afin d’éviter l’introduction du virus dans ses installations. Cela confirme également l’utilité des mesures prises en cas de vigilance accrue et d’apparition d’un foyer dans une exploitation.

Recherche et analyse génétiques

En 2021, le LNR a approfondi son expertise scientifique sur les virus de l’influenza aviaire hautement pathogènes. De nombreuses souches de virus H5Nx en circulation ont été isolées, après quoi les propriétés de leur matériel génétique, leur origine (caractéristiques phylogénétiques) et la mesure selon laquelle elles rendent les oiseaux malades (pathogénicité) et sont infectieuses ont été étudiées. La communauté internationale peut donc disposer actuellement librement de la séquence complète du génome de quelque 30 souches HP-H5 belges.

Avec les autres acteurs impliqués dans cette épidémie d’influenza aviaire, comme l’AFSCA, les laboratoires régionaux et les régions (ANB, DNF et EB), le LNR a effectué en 2021 35 % d’analyses en plus que l’année précédente.

Risque de contamination des mammifères

En Europe (Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède, Finlande et Estonie), entre janvier 2020 et janvier 2022, une dizaine d’infections à la grippe aviaire hautement pathogène (H5) ont été observées chez des mammifères sauvages, principalement des renards (Vulpes vulpes). C’est pourquoi, en Belgique, avec les 3 régions, un système de surveillance est mis en place concernant les mammifères sauvages qui se nourrissent de carcasses d’oiseaux sauvages.

Dans ce cadre, le LNR examine également les séquences complètes du génome quant à la présence d’éléments génétiques pouvant indiquer une adaptation ultérieure du virus aux mammifères, et donc également aux êtres humains (marqueurs zoonotiques indicatifs d’une adaptation). À ce jour (situation début février 2022), les agences européenne et mondiale de la santé considèrent que le risque d’une contamination plus large de la population humaine est « faible ». Toutefois, le risque professionnel pour les personnes en contact avec les oiseaux a été relevé à « moyen » et exige donc une vigilance accrue. Dans ce cadre, Sciensano est en train de remodeler le système actuel basé sur les symptômes pour détecter les infections en un système proactif pour toutes les personnes entrant en contact étroit avec des oiseaux d’élevage, tenus en captivité ou sauvages.

En 2022, deux renards roux ont été testés positifs en Belgique : un sur la côte et un plus au centre du pays. Ils ont très probablement été infectés en se nourrissant d’oiseaux sauvages infectés.

Parallèlement à cette initiative, la possibilité d’évaluer le potentiel zoonotique des souches circulant en Belgique au moyen d’alternatives in vitro, sans mener d’expériences sur les furets, est également étudiée.

Il est demandé au public de tenir compte de mesures minimales d’hygiène et de protection lors de la manipulation d’oiseaux et de mammifères malades ou morts susceptibles de se nourrir de carcasses d’oiseaux sauvages infectés.

 

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