PASHERBS - Alcaloïdes pyrrolizidiniques dans les herbes et aliments assaisonnés

Last updated on 31-10-2018 by Jill Alexandre

En bref

Le projet PASFOOD  a délivré des résultats inattendus concernant la contamination des herbes aromatiques par les alcaloïdes pyrrolizidiniques (PAs), composés naturels toxiques pour l’homme à très faibles doses. Il était donc important d’investiguer le rôle possible des herbes aromatiques dans l’exposition du consommateur belge aux PAs carcinogènes au cours d’un projet de recherche complémentaire.

Résumé du projet

Le projet PASFOOD  a donné lieu à de très intéressants résultats et a mis en lumière une contamination récurrente des mélanges d’herbes, parfois avec de très hautes concentrations en PAs/PANOs (gamme du ppm). Le nombre d’échantillons d’herbes était limité, vu que le projet PASFOOD englobait beaucoup de groupes alimentaires différents et que les herbes n’étaient pas prévues dans le plan de travail initial. Des recherches plus approfondies sur les herbes étaient donc très souhaitables.


En conséquence, le projet PASHERBS avait pour but de générer de nouvelles données d’occurrence de PAs/PANOs dans les herbes (fraiches, congelées, sèches, individuelles ou en mélanges) et aliments en contenant (plats préparés, sauces à base d’herbes, snacks salés…), en utilisant les méthodes développées au cours du projet PASFOOD. Les résultats analytiques ont montrés que la présence d’alcaloïdes pyrrolizidiniques dans ces denrées était largement répandue (151 échantillons). Les herbes fraiches en pot ou coupées ne se sont pas révélées contenir de PAs/PANOs. En d’autres termes, la contamination dans les herbes congelées, sèches ou dans les repas contenant des herbes pourrait être attribuée à une co-récolte accidentelle de plantes productrices de PAs ou à un frelatage intentionnel. Les herbes sèches individuelles et les mélanges d’herbes étaient les types d’herbes les plus contaminés (jusqu’à 5240 ng/g dans un mélange d’herbes Italien). L’origan était de loin l’herbe aromatique la plus problématique en ce qui concerne la contamination aux PAs : jusqu’à 2200 ng/g dans un échantillon individuel d’origan, et les 10 mélanges d’herbes les plus contaminés contenaient tous de l’origan. Les composés de type héliotrine (europine, héliotrine, lasiocarpine et N-oxydes correspondants) étaient les contaminants les plus récurrents dans cette étudie (64% de la contamination totale). Cinq échantillons étaient communs aux projets PASFOOD et PASHERBS (même marque, mêmes ingrédients), les échantillonnages ont été réalisés respectivement en aout 2016 et en octobre 2017. Les concentrations en PAs différaient parfois pour 2 échantillons identiques, mais les profils des contaminants étaient en très bon accord. Ceci indique clairement que la contamination aux PAs dans les herbes culinaires est récurrente, indépendamment de la période et du numéro de lot.


Les données de concentration générées par les 2 projets pour plus de 1350 échantillons alimentaires disponibles sur le marché Belge ont été liées aux données de consommation réelles obtenues lors de l’enquête Belge de consommation alimentaire 2014 (ECA2014) pour différentes sous-populations, avec une attention particulière sur les enfants, afin d’évaluer l’ingestion alimentaire de ces contaminants naturels.


Pour l’étude d’exposition semi-probabiliste en utilisant les niveaux de concentration moyens de la somme des 30 PAs/PANOs pour chaque catégorie alimentaire, l’ingestion moyenne était de 14.71 ng/kg pc/jour, 15.30 ng/kg pc/jour et 16.72 ng/kg pc/jour, respectivement pour les enfants, les adolescents et les adultes. La médiane et les 95éme centiles observés se trouvaient dans la gamme des valeurs calculées par l’EFSA en 2016 incluant les données rapportées par les Etats Membres : entre la médiane et le maximum pour chaque groupe d’âge. En comparaison avec l’évaluation de l’EFSA 2016 sur base de l’enquête belge ECA2004, on note une large augmentation de l’exposition. Ceci pourrait s’expliquer par l’utilisation de méthodologies différentes (plus de PAs/PANOs et plus de groupes alimentaires dans la présente étude). Il est apparu que le lait et les produits laitiers étaient de loin les principaux contributeurs à l’ingestion totale de PAs/PANOs pour chaque catégorie d’âge, bien que les niveaux de concentration détectés dans ce groupe alimentaire étaient les plus faibles. Les composés de type sénécionine et lycopsamine étaient respectivement les 1er et second contributeurs à l’ingestion alimentaires de PAs/PANOs. L’introduction des données de concentration analytiques liées aux plats industriels (principalement pizzas et lasagnes), sauces et snacks affectent les adolescents plus que les enfants et les adultes. Ceci n’est pas surprenant, puisque ce groupe d’âge est le plus exposé à ces types d’aliments.


En raison de l’absence de données de consommation pour ces produits alimentaires, il faut noter qu’un scenario déterministe séparé a été utilisé pour évaluer l’exposition aux PAs par les herbes sèches ; les résultats suggèrent une augmentation de 15% (adultes) jusqu’à plus de 50% (enfants) de l’ingestion semi-probabiliste.


Avec cette approche conservative, l’exposition alimentaire moyenne (en additionnant les résultats semi-probabiliste et déterministe) resterait tout de même dans les gammes calculées par l’EFSA pour tous les âges.


Pour les herbes sèches, le profil des PAs présents est notable : les PAs de type héliotrine contribuent à plus de la moitié de l’exposition aux 30 PAs/PANOs dans les herbes sèches.
En ce qui concerne l’évaluation du risque chronique, le CONTAM Panel de l’EFSA a conclu que les PAs 1,2-insaturés partagent une voie métabolique commune menant à la formation de pyrroles réactifs qui sont génotoxiques et carcinogènes. Par conséquent, il a été décidé d’appliquer une approche basée sur la marge d’exposition (MOE) pour les carcinogènes génotoxiques à la somme des PAs 1,2-insaturés, en supposant une activité égale. Le CONTAM Panel a sélectionné la BMDL10 de 237 µg/kg pc/jour, dérivée de l’apparition d’hémangiosarcome chez les rats femelles exposées à la riddelliine, comme point de référence pour l’évaluation du risque chronique des PAs. Le Comité Scientifique de l’EFSA a conclu que, pour les substances qui sont génotoxiques et carcinogènes, une MOE de 10000 ou supérieure, basée sur une BDML10 obtenue dans une étude animale, serait peu préoccupante du point de vue de la santé publique. L’évaluation du risque réalisée avec cette approche MOE a généré des valeurs insuffisantes pour les 3 groupes d’âge ciblés pour les populations hautement exposée (>P95), en utilisant les niveaux analytiques moyens pour la somme des 30 composés. Les valeurs de MOEs pour les sous-groupes lycopsamine et sénécionine indiquent une préoccupation probable pour la santé des populations hautement exposées aux P97.5 et P99, tandis que les sous-groupes monocrotaline et héliotrine sont peu préoccupants. Il faut souligner que les herbes sèches n’ont pas pu être inclues dans l’évaluation du risque en raison de l’utilisation d’une approche déterministe séparée pour évaluer l’exposition. Ceci mène à une sous-estimation du risque, particulièrement pour le sous-groupe héliotrine qui était le plus abondant dans ces denrées.
Sur base des recommandations du CONTAM Panel, l’EFSA a récemment proposé de réduire à 17 le nombre de PAs et PANOs pertinents pour leur surveillance dans l’alimentation, excluant europine, europine N-oxide, héliotrine et héliotrine N-oxide. Les niveaux de concentrations détectés dans la présente étude auraient été drastiquement inférieurs si ces 4 PAs/PANOs n’avaient pas été inclus. En conclusion, sur base des résultats délivrés par les projets PASFOOD et PASHERBS, nous conseillons de continuer à cibler ces 4 composés pour la surveillance future de l’alimentation. En accord avec l’opinion scientifique de l’EFSA, les PAs/PANOs de type monocrotaline ne sont pas pertinents pour les prochaines évaluations de risque en raison de très faibles niveaux d’expositions.
 

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